18.06.2006
Mots faussés et fausse monnaie
Lu dans le JDD de ce dimanche un billet d’Alain Rey, à l’occasion du Festival du mot de La Charité sur Loire
« Les faux-monnayeurs du langage nous habituent à de la bien mauvaise monnaie langagière (…) On minimise, on tronque, on déplace, on renverse, on fait glisser, parfois innocemment, parfois de manière à tromper. Tel ministre fait le bilan, toujours favorable, de son action, ou celui, toujours défavorable, de l’action d’un autre. Le bilan fut une balance, mais comme le commerçant qui appuie sans vergogne qui appuie délicatement pour augmenter le poids et le prix, les bilans politiques consistent à transformer des grenouilles en boeufs et des pois chiches en montgolfières (…) »
Suivent des exemples de contrefaçons linguistiques qui mériteraient une saisie immédiate
-otages (voir grèves, usagers, quai de métro)
-galères (voir otages)
-supporter (voir supporteurs et souteneurs)
Liste à compléter selon envies, inspiration, énervement du jour.
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01.05.2006
"Plus produit" : un Kit langue de bois
Le délectable blog des correcteurs du Monde offre à chaque internaute un "kit langue de bois économique" sous la forme d'un « Paragraphe positif à usage universel » (PPUU). Ou un PNUU , (le même en version négative)
On pourrait y rajouter qu'il/elle risque de tuer la poule aux oeufs d'or (négatif), a trouvé sa vitesse de croisière (positif) ou un créneau porteur (positif bis).
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27.04.2006
Un bon jus de marché au petit déjeuner
Les clichés se jouent souvent à deux. Et quand un nom rencontre un adjectif, cela donne parfois des couples indécollables. Ainsi, de nos jours, un marché se promène rarement seul. Il est presque toujours accompagné d'un adjectif. Et pas n'importe lequel. Car un marché (ou un business, ou un commerce) est parfois lucratif, plus rarement dynamique ou actif, mais avant tout, il est juteux. La preuve ici, là, ou encore ailleurs. Alors, je m'emballe, je m'égare, mais une question ne cesse d'irriter mon esprit : si jus de marché (ou nectar de business) il y a, où trouve-t-on un presse-marché -en inox si possible- pour des jus bien pulpés au petit déjeuner ? Chez un fournisseur de presse-homards ?
Le jus de marché est-il vitaminé ? Existe-t-il en version calcium, pétillante, ou flash-pasteurisé ?
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26.02.2006
Les purpuristes et le "bon français" (II)
On ne s'en lasse pas... une deuxième citation de Frédéric Dard, dont on peut consulter ici une partie du dictionnaire.
« Allons, les gars, verbaillons à qui mieux mieux et refoulons les purpuristes sur l'île déserte des langues mortes. »
Il aurait pu mettre les gars ET les filles. Mais bon, c'est déjà pas mal.
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Les purpuristes et le "bon français" (I)
Une des phrases qui me fout les nerfs en position d’attaque, abondamment servie dans les écoles, facs, et groupuscules paramilitaires de gardiens de la langue (Académie Française Canal Historique) est le : « ce n'est pas français ».
Ou sa variante teintée d’eugénisme : « ce n'est pas du bon français ».
Outre que l’assertion a une coloration BBR aussi détestable qu’ethniciste (et détestable parce qu’ethniciste), elle est, le plus souvent, inexacte. Et même dramatiquement, irréfutablement, pitoyablement inexacte. La plupart du temps, le « bon français » se résume au français platouillard (qu’en bon français, on remplacerait par « français correct »). En fait, la plupart des concierges qui veillent à préserver la divine lumière de la francophonie à grand coup d'éteignoirs ne connaissent strictement rien à ce que l'on appelle communément la langue vivante.
Et au style d'ailleurs.
Et à la poésie.
Et à la vie, finalement.
Bref, comme disait Frédéric Dard
« Si t'es puriste, relis ta feuille d'impôts, elle, elle est en pur français, garanti académique »
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22.02.2006
Le cliché est réac et le lieu commun est un vieux con
« Il n’est pas de langage innocent. Lieux communs, clichés, proverbes ne sont pas seulement des automatismes de langage, mais véhiculent la plupart du temps une signification réactionnaire ou bourgeoise dont nous n’avons même plus conscience. Le poète, gardien des mots, crée, à l’inverse, une langue à la fois propre et universelle ».
Une citation qui fait du bien, signée Jean-Hugues Malineau, auteur de L’enfant et la poésie
Ajoutons que si le cliché est un gros réac, le lieu commun, lui, est souvent un vieux con. D'ailleurs, les cons en disent une flopée plus une (de lieux communs). A tout âge et en tout lieu. Le lieu commun va avec tout, pensent-ils. C'est comme le tergal, ça ne se démode pas. Dans un certain sens, ils n'ont pas tort. Le lieu commun va avec tout puisqu'il ne bouscule rien. Et c'est bien là tout le problème.
L'astuce beauté (littéraire) du mois
Clichetonneur anonyme à poil ras, on l'est un peu tous. Surtout sur la zone médiane. Pour éviter de briller de mille clichés, offrez-vous des petites cures Détox par la lecture régulière du dictionnaire des clichés littéraires d'Hervé Laroche.
Ça marche aussi pour les faiseurs de lieux communs masqués. Avec lui, les phrases redeviennent nettes et les expressions voient s'envoler les comédons.
21:45 Publié dans L'énervisier : des clichés faisons phrase rase | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.02.2006
Cliché 1 : Le silence assourdissant me casse les oreilles
Certes, en s’appuyant sur Le Gradus des procédés littéraires de Bernard Dupriez, on pourrait qualifier l’expression "silence assourdissant" d’oxymore, d’oxymoron ou d’alliance de mots. A savoir le rapprochement de deux termes qui paraissent se contredire. Tout comme "l’obscure clarté" cornélienne (qui tombe des étoiles, comme chacun sait).
Cela étant posé...
En premier lieu, le silence assourdissant, lui, tombe rarement des étoiles. Au mieux, il chute mollement d’un clavier d’ordinateur en manque d’imagination, manié par un journaliste à écran plat –et ça, ce n’est pas un oxymore mais une hypallage, ou attribution à des mots d’une phrase de ce qui appartiendrait normalement à d’autres-
Et d’un.
Et ensuite, son obstination à squatter le top ten des expressions toutes faites n’arrange pas son cas. Aux dernières nouvelles, et de sources officielles mais non autorisées, il devancerait la cerise sur le gâteau.
C’est dire.
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Cliché 2 Quand c'est glauque, c'est bien bleu
Glauque : adjectif avantageusement utilisé par les journalistes et associés comme synonyme de sordide, répugnant, louche…
Et pourtant quand c’est glauque, c’est souvent joli, puisque c’est bleu-vert. Quasiment turquoise quand on y réfléchit bien. Et, au risque de briser le mythe de la déesse Athéna, la mignonne avait les yeux glauques. Comme l’indique son petit nom de Glaucopis Athena. Alors pourquoi, abuser de la beauté du glauque quand on patauge dans des ambiances pas nettes ? Sans doute parce que l’adjectif a souvent utilisé pour décrire les eaux stagnantes qui n'étaient pas forcément d’une qualité sanitaire parfaite. Mais ce n’est pas une raison. Vive le glauque et le bleu des marais !
22:00 Publié dans L'énervisier : des clichés faisons phrase rase | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note










